2018 marque un tournant, mais le RGPD n’érige pas de mur infranchissable autour de toutes nos données. Certaines activités échappent à la règle générale, dessinant en creux les véritables frontières de la protection numérique. Prenons les domaines de la presse et de la création : ici, la liberté d’informer et d’exprimer prime sur le verrouillage systématique. Les journalistes et les artistes bénéficient d’une marge de manœuvre, évitant ainsi que la loi ne fasse taire l’enquête ou n’entrave la fiction.
Autre terrain d’exception : la sécurité nationale et l’investigation judiciaire. Quand l’urgence prime, les autorités peuvent accéder à des données sans devoir solliciter l’accord de chacun. Ce sont ces failles organisées, assumées, qui rappellent que le RGPD, aussi ambitieux soit-il, n’impose pas partout le même niveau de contrôle. L’idée d’une protection totale relève du mythe : des zones d’ombre subsistent, par nécessité ou choix politique.
Les droits fondamentaux reconnus par le RGPD
Le RGPD, Règlement Général sur la Protection des Données, pose les bases d’un nouveau rapport de force entre citoyens et organisations. Il donne à chacun le droit d’accéder à ses propres informations, de vérifier ce que l’on collecte à son sujet, d’en demander la rectification si elles s’avèrent inexactes. Cette transparence bouscule les habitudes anciennes, où l’on traitait les données sans rendre de comptes.
Au-delà de l’accès et de la rectification, certains droits s’appliquent dans des situations précises :
- Droit d’opposition : Chacun peut s’opposer à ce que ses données servent, par exemple, à la prospection commerciale, pour des raisons personnelles ou légitimes.
- Consentement de la personne concernée : Aucun traitement ne peut débuter sans un accord clair et explicite de la personne visée. Cette exigence ferme la porte aux collectes insidieuses.
Un acteur veille au respect de ces règles : le délégué à la protection des données (DPD). Sa mission ? S’assurer que l’entreprise ou l’administration reste fidèle à l’esprit du RGPD, conseiller sur la bonne marche à suivre et servir d’interlocuteur de confiance entre individus et organisations. Son rôle s’étend aussi à la médiation, évitant que les conflits ne dégénèrent.
Le régime s’alourdit encore quand il s’agit de données dites sensibles : santé, biométrie, opinions politiques… Leur traitement reste interdit, sauf dans des cas strictement définis par l’article 9. Quant aux données relatives aux actes délictueux ou criminels, l’article 10 encadre leur usage, réservant leur manipulation aux autorités habilitées ou à des cas dûment justifiés.
Les exceptions prévues par le RGPD
Le RGPD protège, mais n’interdit pas tout. Certains scénarios font exception, toujours balisés :
- Consentement explicite fourni par la personne concernée.
- Nécessité médicale, par exemple pour le diagnostic ou la prévention.
- Traitement rendu indispensable par un intérêt public majeur.
Pour les infractions et condamnations pénales, seul un cadre strict permet leur traitement : autorités compétentes ou mesures de protection prévues par la loi. Le RGPD cherche ainsi l’équilibre, protégeant la vie privée sans entraver l’action publique.
Les dérogations spécifiques pour les transferts de données hors UE
Quid des transferts hors des frontières européennes ? Là encore, des garde-fous existent. L’article 46 privilégie des outils comme les clauses contractuelles types ou les règles d’entreprise contraignantes pour garantir un niveau de sécurité équivalent. Dans certaines situations, l’article 49 autorise des dérogations : avec un consentement explicite, ou quand l’intérêt public l’exige, un transfert peut s’opérer même en l’absence de cadre normatif robuste.
La Commission européenne évalue pays par pays, jugeant s’ils offrent des garanties suffisantes. L’affaire du Privacy Shield, invalidé pour manquements aux exigences européennes, montre l’exigence de la démarche. Rien n’est laissé au hasard, chaque échange transfrontalier fait l’objet d’un examen minutieux.
Pour une vue d’ensemble plus détaillée, la rubrique ‘droit non reconnu par le rgpd : découvrez les exceptions à la protection des données’ offre un panorama complet.
Cas particuliers et exemples concrets
Certaines catégories de données appellent une vigilance accrue. Les données financières, par exemple, recouvrent tout ce qui touche aux comptes bancaires, relevés de cartes, déclarations fiscales, revenus, dettes… Leur traitement suppose des justifications claires et des mécanismes de sécurité renforcés.
Autre cas de figure : les données de santé. Dossiers médicaux, informations génétiques, antécédents… Ici, le consentement du patient reste la règle, sauf urgence médicale. Les établissements de santé doivent démontrer leur sérieux, sous peine de sanction.
Les données biométriques et génétiques, empreintes, reconnaissance faciale, séquençage ADN, exigent des précautions particulières. Elles servent à identifier de façon unique une personne, ce qui en fait un enjeu majeur de surveillance et de protection. Il n’est pas question de laisser ces informations circuler librement.
Les données à caractère pénal, elles, ne peuvent être traitées que par des acteurs expressément désignés : police, justice, administration compétente. L’encadrement strict vise à éviter toute dérive, toute utilisation abusive qui porterait atteinte aux droits fondamentaux.
En France, la CNIL veille au grain. Elle contrôle, alerte, sanctionne si nécessaire. Son action force les organisations à prendre la mesure de leurs responsabilités, et à respecter un RGPD qui ne tolère pas l’à-peu-près, surtout lorsqu’il s’agit des informations les plus sensibles.
Le RGPD trace une ligne de crête, entre protection rigoureuse et dérogations ciblées. Ce n’est pas une forteresse inviolable, mais un terrain mouvant où droits et libertés se négocient au quotidien.


